Le syndrome du ventre vide

Quelques semaines après avoir appris ma grossesse alors que je me rendais au travail, je me suis fait la réflexion que plus jamais je ne serai seule.

                                                                                                  enceinte

Pendant les 8 mois qui arrivaient, je serai, quoi qu’il en soit, accompagnée de ce petit être qui grandissait en moi. Cette pensée m’a donnée une force incroyable. Je me sentais accompagnée à chaque instant, je lui partageais mes joies et mes peines, mes doutes et mes volontés. Tout petit embryon qu’elle était, je me devais déjà de lui montrer le sens de la vie, les batailles du quotidien et les petits bonheur qui façonnent le quotidien heureux. Dans son bain d’émotions tantôt mer calme tantôt tourbillonnante, je lui expliquais comment les gérer, les surmonter sans se laisser submerger. Je savais qu’alors je ne serai plus jamais seule. Cette enfant serait dans mes pensées à chaque instant. Elle serait un acteur déterminant dans chacune de mes décisions, des plus anodines aux plus importantes.

La grossesse n’est un état que j’affectionne particulièrement. Mon premier trimestre a été difficile avec la fatigue et les nausées omniprésentes. Le deuxième trimestre a été rythmé par une succession de soucis personnels. Lors du troisième trimestre je me sentais très diminuée et ralentie. Mon bébé a tout de suite été ma force et ma motivation pour me relever et garder le cap. J’attendais avec impatience de ressentir ces minuscules jambes s’activer. Cette sensation est tout simplement extraordinaire. Je m’en imprégnais à chaque mouvement. J’en profitais pleinement à chaque fois que l’occasion se présentais car je savais que ce temps serait trop vite révolu.

Je savais déjà que ce ventre arrondi par la vie allait me manquer. Que ces reliefs formés par ses pieds pourtant quelques fois douloureux étaient des moments uniques.

Après la naissance l’immense joie et fierté d’avoir donné la vie à cet incroyable bébé dépassait tout ce que j’avais pu imaginé. Ces émotions m’ont envahie de tout mon être, c’est indescriptible.

 

syndrome du ventre vide bébé maternité

 

Cette sensation de ventre vide est apparue très vite. Dès le lendemain de la naissance. C’est un tourbillon d’émotions, la nostalgie de la grossesse, l’appréhension du temps qui passe, le vertige des responsabilité qui  m’attendent. Toute cette confusion donne envie de faire retour en arrière, de vouloir remettre ce bébé bien au chaud dans mon ventre. Collé à mon cœur je la savais en sécurité, pas d’erreur possible ni de gestes maladroits, naturellement elle était protégée de toutes agressions. En moi elle était mienne.

La grossesse a durée 8 mois et demi pour nous. J’étais heureuse d’en être arrivée au bout et impatiente de voir ma merveille… Mais je n’étais prête. J ai entendu des dizaines, des centaines de témoignages dans les médias, de confidences des proches, d’aveux des patientes. Je les ai écoutés avec attention, j’ai accompagné du mieux possible celles qui se tournaient vers moi. Malgré tout, je n’étais pas prête.

Mon premier chagrin d’amour de mère c’est celui là: la première marque d’indépendance de mon enfant. Dès sa première respiration mon tout premier rôle dans la maternité s’envole avec ce premier cri qui résonnera à jamais en moi. Le cordon est coupé, je lui ai donnée la vie. Si belle, elle a façonné son corps dans le nid. Je l’ai couvée avec tout l’amour et l’attention qu’il m’était possible de lui offrir. Elle est prête à nous rejoindre dans ce monde.

Sorti de son cocon le papillon les ailes encore fragiles aura besoin de quelques semaines encore tout près de moi avant de se tourner vers le monde. Bientôt, ses ailes soigneusement défroissées vont lui permettre de  prendre l’assurance nécessaire à la découverte du monde.

 

 

N’ayez pas peur de vos ressentis après la naissance de votre bébé. Tout ce que vous traversez est normal. Chacune aura sa façon de gérer le deuil de la grossesse. Chacune aura son rythme d’apprivoiser son bébé, de devenir mère. Qu’importe. Le meilleur conseil que je pourrai vous donner est de trouver une oreille attentive si vous ressentez le besoin de partager vos pensées. Votre conjoint, votre sœur, votre mère, une amie, un professionnel, vous trouverez la bonne personne pour vous rassurer et vous accompagner si cette étape est une épreuve à surmonter.

 

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10 commentaires

  • Une Maman

    Merveilleux témoignage
    Message d’Espoir pour ce futur magique et tumultueux à la fois
    Merci pour cette sincérité
    En ce qui me concerne mon histoire fut en tout point identique pour mes deux Trésors

  • jennifer

    Bonjour Florie,

    ” Toute cette confusion donne envie de faire retour en arrière, de vouloir remettre ce bébé bien au chaud dans mon ventre. ”
    Comme ça me parle, j’étais à la fois très triste de devoir partager mon premier enfant, et tellement heureuse de faire enfin sa connaissance.

    Merci pour cet article, tu m’as remémoré tant de bons souvenirs.

  • Sonnya

    Je suis heureuse de lire ce partage d’expériences. Je ne peux pas dire avoir ressenti ce syndrome car j’ai à cœur de repousser la mère toute puissante qui sommeille en moi 😉 Je m’y suis peut être refusé. En revanche, avoir l’envie de remettre le bébé dans mon ventre, cela m’est arrivé. Je me disais comme toi que je diminuerai à zéro les risques d’erreur puisque mon corps sait si bien faire lui… Jusqu’à ce que je lise un texte du pédiatre Aldo Naouri qui qualifie cette pensée d’incestuelle. (En ce qu’elle prive l’enfant de son indépendance – encore cette mère toute puissante!) Ah… pas simple! Merci pour ce beau témoignage!

    • florie

      Ce n’est pas un syndrome universel 😉 ce qui fait la beauté de la maternité c’est que chaque femme crée son expérience! J’ai beaucoup de mal avec les personnes qui posent le mot inceste pour qualifier une relation parent/enfant… encore plus quand c’est une pensée. Je ne dis pas que ça n’existe pas mais clairement dans ce contexte c’est très déplacé et très culpabilisant pour la maman…

  • Aurélie Betsch

    J’ai aussi vécu ça pour mon premier. J’ai accouché un mois avant la date prévue et même si mon fils était en parfaite santé, j’ai ressenti cet immense vide. Je n’étais pas du tout prête à le voir sortir de mon ventre. Le plus dur a été de voir une amie dont le terme était 2 jours avant le mien être encore enceinte alors que je tenais mon bébé dans mes bras. C’est bizarre à dire mais j’étais jalouse de sa grossesse. Ce n’est pas facile à vivre et je trouve important de dire aux mamans que ce sont des sentiments normaux, qu’elles ne sont pas seules à les ressentir. Merci pour cet article.

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